Page:Gobineau Essai inegalite races 1884 Vol 2.djvu/154

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cimetières découverts dans les différentes contrées de l’Europe celtique. L’étendue de ces champs mortuaires est généralement remarquable. On n’y voit pas de tumulus. Cette construction, lorsqu’elle contient un dolmen, appartient aux premiers habitants finnois : il n’est pas question ici de cette variété. Lorsqu’elle renferme une chambre sépulcrale en maçonnerie, elle appartient aux princes, aux nobles, aux riches des nations. Les cimetières sont plus modestement le dernier asile des classes moyennes ou populaires. Ils ne fournissent à l’observateur que des tombeaux plats, la plupart construits avec soin, taillés souvent dans le roc ou établis dans la terre battue. Les tombes y sont couvertes de dalles. Les corps ont presque toujours été brûlés. Bien que ce fait ne soit pas absolument sans exception, sa fréquence établit une sorte de distinction supplémentaire entre les cadavres des plus anciens indigènes, toujours entiers, et ceux des Celtes. En tout cas, les tumulus à chambres funéraires, pélasgiques et cyclopéennes, monuments probablement contemporains des cimetières, ne renferment jamais de squelettes intacts, mais toujours des ossements incinérés contenus dans des urnes.

Une autre différence existe encore entre celles de ces sépultures qui appartiennent à l’époque nationale, et celles qui ne remontent qu’à la période romaine : c’est que les objets trouvés dans ces dernières ont un caractère mixte où l’élément latin hellénisé se fait aisément apercevoir. Non loin de Genève, on voit un cimetière de cette espèce (1)[1].

Outre que l’abondance des cimetières purement celtiques donne une haute idée de l’ampleur des populations qui les ont fondés, elle inspire encore des réflexions d’un autre ordre. Le soin et, par suite, les frais qu’on y a employés, le nombre, la nature et la richesse des objets divers que renferment les tombes, tout cela, rapproché de l’observation qu’en les contemplant on n’a pas sous les yeux le lieu de repos des grands et des chefs, mais seulement des classes moyennes et inférieures, fait naître une très haute idée du bien-être de ces classes, et

  1. (1) Keferstein, ouvr. cité, t. I.