Page:Godwin - Caleb Williams, I (trad. Pichot).djvu/54

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d’Ode au génie de la Chevalerie, qui lui avait paru exquise. Il n’en fallut pas davantage pour exciter la curiosité, et la dame ayant ajouté qu’elle en avait une copie sur elle qui était bien au service de la société, si l’auteur ne le trouvait pas mauvais, tout le cercle se réunit pour prier M. Falkland de leur donner ce plaisir, et M. Clare, qui était là, joignit ses instances à celles des autres. Rien ne charmait plus celui-ci que de trouver l’occasion de rendre justice publiquement au talent. M. Falkland n’avait ni affectation ni fausse modestie : il ne résista pas longtemps aux instances qui lui furent faites.

Par hasard, M. Tyrrel était assis à l’extrémité de ce groupe : on croira bien qu’il n’avait pas vu avec plaisir le tour qu’avait pris la conversation. Il paraissait vouloir se retirer, mais il y avait comme un pouvoir inconnu qui le retenait, pour ainsi dire, par enchantement à sa place, et qui l’obligea à avaler jusqu’à la lie le breuvage amer que lui avait préparé l’envie.

La pièce fut lue à la compagnie par M. Clare, qui possédait à un degré supérieur le talent de bien lire. Son débit était plein de simplicité, d’intelligence et d’énergie, et on ne peut guère se faire une idée du plaisir qu’on trouvait à l’entendre. En conséquence, les beautés de l’ode de M. Falkland parurent avec tout l’avantage possible. Les passions successives qui avaient animé l’auteur passèrent dans l’âme du lecteur. Chaque mot fut rendu dans toute la vérité de son accent ; toutes les images évoquées par l’imagination créatrice du poëte, tan-