Page:Gogol - Tarass Boulba, Hachette, 1882.djvu/144

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— Que les anciens donnent d’abord leur conseil ! criait-on dans la foule.

— Que le kochévoï donne son conseil ! disaient les autres.

Et le kochévoï, ôtant son bonnet, non plus comme chef des Cosaques, mais comme leur camarade, les remercia de l’honneur qu’ils lui faisaient et leur dit :

— Il y en a beaucoup parmi nous qui sont plus anciens que moi et plus sages dans les conseils ; mais puisque vous m’avez choisi pour parler le premier, voici mon opinion : Camarades, sans perdre de temps, mettons-nous à la poursuite du Tatar, car vous savez vous-mêmes quel homme c’est, le Tatar. Il n’attendra pas votre arrivée avec les biens qu’il a enlevés ; mais il les dissipera sur-le-champ, si bien qu’on n’en trouvera plus la trace. Voici donc mon conseil : en route ! Nous nous sommes assez promenés par ici ; les Polonais savent ce que sont les Cosaques. Nous avons vengé la religion autant que nous avons pu ; quant au butin, il ne faut pas attendre grand’chose d’une ville affamée. Ainsi donc mon conseil est de partir.

— Partons !

Ce mot retentit dans les kouréni des Zaporogues.

Mais il ne fut pas du goût de Tarass Boulba, qui abaissa, en les fronçant, ses sourcils mêlés de blanc et de noir, semblables aux buissons qui croissent sur