Page:Gogol - Tarass Boulba, Hachette, 1882.djvu/64

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entre eux étaient tellement ivres, qu’ils pouvaient à peine se tenir sur leurs jambes. Ils se rendirent tous chez Kirdiaga, pour lui annoncer qu’il venait d’être élu. Kirdiaga, vieux Cosaque très madré, était rentré depuis longtemps dans sa hutte, et faisait mine de ne rien savoir de ce qui se passait.

— Que désirez-vous, seigneur ? demanda-t-il.

— Viens ; on t’a fait kochévoï.

— Prenez pitié de moi, seigneurs. Comment est-il possible que je sois digne d’un tel honneur ? Quel kochévoï ferais-je ? je n’ai pas assez de talent pour remplir une pareille dignité. Comme si l’on ne pouvait pas trouver meilleur que moi dans toute l’armée.

— Va donc, va donc, puisqu’on te le dit, lui répliquèrent les Zaporogues.

Deux d’entre eux le saisirent sous les bras, et, malgré sa résistance, il fut amené de force sur la place, bourré de coups de poing dans le dos, et accompagné de jurons et d’exhortations :

— Allons, ne recule pas, fils du diable ! accepte, chien, l’honneur qu’on t’offre.

Voilà de quelle façon Kirdiaga fut amené dans le cercle des Cosaques.

— Eh bien ! seigneurs, crièrent à pleine voix ceux qui l’avaient amené, consentez-vous à ce que ce Cosaque devienne notre kochévoï ?

— Oui ! oui ! nous consentons tous, tous ! répondit