Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/15

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que chacun d’eux, remplissant ce devoir qui lui est familier, est occupé uniquement de l’impression qu’il produit lui-même ou pense à des choses complètement étrangères, ne se tourmentant guère par des réflexions sur le sens et l’importance de l’acte qu’il accomplit conjointement avec les autres.

Voilà le sentiment que chacun de nous aurait éprouvé à ce spectacle, maintenant que deux cent vingt ans se sont écoulés depuis lors et que nous le contemplons avec des yeux de gens ayant compris, grâce au progrès et au développement de la culture depuis cette époque, toute la barbarie et toute la fausseté de cette justice qui s’accomplissait alors avec une foi aveugle dans son équité et son but utilitaire. Plus on apportait alors de sérieux à l’accomplissement de ces actes de barbarie, plus nous apparaît terrifiante aujourd’hui l’évidence de leur ineptie.

Aux suppositions que nous venons d’émettre, il nous reste à ajouter celle d’un individu qui aurait les mêmes sentiments que ceux dont nous faisons preuve aujourd’hui, qui les aurait non rétrospectivement ainsi que nous, mais qui les éprouverait au moment même du spectacle : d’un contemporain qui alors se serait élevé déjà jusqu’à la manière de voir que l’humanité n’a atteinte que bien des siècles plus tard, d’un individu enfin qui, non seulement par ses idées, mais par tous ses sens, tout son être, aurait assez devancé son époque pour envisager dès alors ces barbaries comme nous les envisageons à présent et nous aurons le vrai point