Page:Goldenweiser - Le Crime comme peine, la peine comme crime.djvu/42

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point de vue philosophique et moral ? Ne le contemple-t-il point sous l’influence de ces opinions, donnant à la véritable nature des choses une couleur préconçue ? Nous possédons dans ce rapport un curieux échantillon de son sentiment adverse du tribunal criminel dans son livre : La guerre et la paix. En décrivant la scène du conseil de guerre jugeant Pierre Besouky, Tolstoï caractérise en passant les tribunaux, en général, en s’exprimant ainsi :

« Le seul but de ce dernier est uniquement d’accuser. Les questions posées par le tribunal, ignorant le point capital d’une œuvre vivante et excluant la possibilité de le découvrir, n’avaient pour but, ainsi que toutes les questions que pose la justice, que de glisser le chenal par lequel les juges voulaient que s’écoulassent les réponses du prévenu en l’amenant au but poursuivi, c’est-à-dire à sa condamnation. Dès que ce dernier commençait à parler dans un sens ne satisfaisant pas au but de l’accusation, le chenal était retiré et l’eau pouvait s’écouler à son gré. En outre, Pierre éprouvait, ce que tous les accusés éprouvent dans les mêmes circonstances, une sorte de perplexité, se demandant pourquoi on lui posait toutes ces questions… ».

Ceci nous prouve que l’impression produite sur Tolstoï par le tribunal criminel, bien des années avant, alors que sa philosophie morale n’avait pas encore atteint la forme déterminée de lutte contre le mal qu’elle a actuellement, est, en tous points, la