Page:Goncourt - Journal, t6, 1892.djvu/23

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aujourd’hui sur sa peine à quitter la France, sa maison, son chez soi. « Il me semble, dit-elle, qu’il y a quelque chose qui se ferme dans ma tête… C’est comme un volet qu’on tirerait… Oh ! c’est très singulier, la dernière fois que j’ai été en Italie, à Bâle, voici une migraine affreuse qui me prend. Je suis obligée de me coucher, pendant que les autres dînent… Eh bien ! dans mon lit, j’avais là, mais vraiment, la tentation de me relever et de filer au chemin de fer, laissant mon monde continuer son voyage… J’ai besoin de Paris, de son pavé… Les quais, le soir, avec toutes ces lumières… Vous ne croyez pas qu’il y a des jours, où je me sens tout heureuse de l’habiter… Ça été si longtemps mon désir d’y venir… Non, quand je ne suis plus en France, il y a un trouble en moi, j’ai le diable au corps d’y revenir, d’y être, de me trouver avec des Français… Et la première fois que j’ai mis le pied sur de la terre française, en août 1841, il était deux heures du matin, « le premier pantalon garance » que j’ai aperçu, ça été plus fort que moi, je suis descendue de voiture pour l’embrasser… Oui, je l’ai embrassé ! »

Vendredi 18 janvier. — Les Charpentier rouvrent aujourd’hui leur salle à manger, pour un dîner donné à toutes les notabilités républicaines, à Gambetta, à Spuller, à Yung.