Page:Gossuin - L’Image du monde, édition Prior, 1913.djvu/10

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Pour être à même de faire usage de sources si variées, l’auteur devait se trouver dans un centre favorable à ses travaux.

Au XIIIme siècle, Metz était un vrai milieu intellectuel : on y cultivait les sciences et les arts ; les maisons religieuses y étaient nombreuses et florissantes ; des sociétés s’y formaient pour la lecture de la Bible[1]. Tout pouvait aider à la composition d’un ouvrage encyclopédique.

Les preuves ne nous manquent pas que là fut composée et écrite l’Image du Monde.

Une étude des rimes a permis à Haase[2] de constater l’emploi du dialecte lorrain par l’auteur.

Celui-ci montre de plus une connaissance intime des environs de Metz. Il parle des salines de Vic[3] et des bains de Plombières[4]. Il écrit à la suite d’une vie de saint Brandan[5] :

A Saint Ernol, une abeïe
De moines noirs qu’est establie
Droit devant Mez en Loherraine,
Trovai ceste istoire ancienne[6].

De nos jours, le succès d’un ouvrage se juge par le nombre de ses éditions ; nous n’avons aucune raison de douter qu’il en fût de même au moyen âge. Comme nous l’avons dit, l’Image du Monde répondait à un besoin ; aussi les rédactions se succédèrent.

Première rédaction en vers. — En 1246[7] a été composée la première rédaction de 6594 vers. Nous en connaissons 53 manuscrits[8]. Presque tous possèdent les deux traits distinctifs suivants : Le texte est

  1. Neander : General History of Christian religion and Church (tr. J. Torrey. Bohn’s Library. 1851-58) t. 7, p. 449.
  2. Haase : Untersuchung über die Reime in der Image du Monde (Halle 1879).
  3. F° 82 c.
  4. F° 80 a.
  5. Fant : L’Image du Monde (Upsala 1886) p. 7.
  6. Ces vers se trouvent dans les manuscrits de la seconde rédaction.
  7. 1245 vieux style.
  8. La liste la plus complète des manuscrits de l’Image du Monde nous est donnée par Grand. Il mentionne 51 manuscrits de la première rédaction en vers*. À cette liste nous pouvons ajouter : Sainte Geneviève 2200 ; Modène n° 32 (XII.C, 7)** ; British Museum, Sloan 2435. Le manuscrit Barrois 171 de Ashburnam Place a été acheté, à la vente de cette bibliothèque, par Quaritch de Londres (v. E.-D. Grand, dans École Nationale des Chartes. Positions de thèses par les élèves de 1885 p. 81-84 ; aussi E.-D. Grand. L’Image du Monde. Recherches sur le classement des manuscrits de la première rédaction, dans la Revue des langues romanes, 4e série, VII (1893-94), p. 1-58).

    * Le manuscrit Caius College, Cambridge, n° 384, que Grand mentionne parmi les manuscrits de la première rédaction, fait vraiment partie de la seconde (v. P. Meyer, Les manuscrits français de Caius College, dans Romania XXXVI, p. 517).

    ** V. sur ce manuscrit : Camus, Notices et extraits des manuscrits français de Modène, dans la Revue des langues romanes t. XXXV (1891), p. 203-211.