Page:Gouges - Sera-t-il roi (1791).djvu/10

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bon emploi que nous devons faire de notre fortune, & que nos enfans ne ſoient point victimes de nos erreurs. Je fuis plus riche que vous : faiſons un partage égal, & faiſons un contrat devant notaire qui conſtate l’auguſte vérité ».

Cette médiation philoſophique devoit déſarmer cette femme ambitieuſe & coupable ; mais elle fît une reponſe à ſon mari, ſi outrageante, que toute ſa philoſophie ne put le préſerver d’un excès contre lui-même. Il fut ſi ſenſible à ſa réponſe audacieuſe, qu’il en tomba malade, une fluxion de poitrine accompagna cette révolution, & le mit au tombeau dans trois jours ſans pouvoir ſe reconnoitre un ſeul moment. Le père injuſte étoit mort. Plus d’eſpoir pour cette infortunée & pour ces malheureuſes victimes, & qui reſtoit au monde avec deux enfans légitimes, & l’épouſe légitime donna un héritier bâtard. Voilà le mariage & ſes affreux préjugés, & je l’épargnerai ! Elle a conſulté ſous ce nouveau régime, un Juge de paix, qui l’a inhumainement renvoyée à la Loi. Qui prendra la defenſe de cette malheureuſe infortunée ? Un peuple entier, je l’eſpère. En voîci une troiſième plus récente, de la même nature, & plus terrible encore, qui caractériſe en même temps la mauvaise foi & l’improbité de l’homme qui s’eſt caché long-temps ſous le maſque ſpécieux de la probité, & que la circonſtance fait démaſquer. Cet homme eſt à la tête d’une entrepriſe, a la confiance des Comités & des Miniſtres agens de l’ancien régime & ſoi-diſans patriotes ſous le nouveau, je ne le nomme point ; mais il lira cet écrit, & s’il ne prend point les voies les plus ſages & les plus juſtes pour arrêter cette affaire, je ne l’épargnerai point. J’abhorre les ſcélérats & les hommes de mauvaiſe foi, ſur-tout quand ils ont abuſé de la confiance publique. Cet homme eſt un vieux célibataire, âgé de cinquante-cinq ou cinquante-ſix ans. Il en avoit quarante,