Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/113

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Elle leva les yeux et sous son regard fixe, se laissa emmener.

Une fois en voiture, elle fut aimable, très aimable, même, commença des confidences, parla de son mari, de sa petite fille, son seul enfant, si jolie brunette, capricieuse et volontaire, brisant la tête à ses poupées pour les punir, jetant des charbons sur les tapis pour sentir la bonne odeur de brûlé, n’aimant que la salade, les oranges et les carottes crues, et pas encore huit ans !

— « Vous allez descendre là, dit-elle en arrivant à la place Clichy, mais je vous dois beaucoup, il faut venir me voir. Voulez-vous être mon médecin, soyez mon médecin, je vous obéirai bien.

— « Mais…

— « Vous n’êtes pas médecin, qu’est-ce que cela fait ? Au contraire. Pourvu que mon mari le croie, n’est-ce pas ? Le matin, à dix heures, il est parti. Entre nous, c’est un bureaucrate sans idéal… Ah ! je ne suis pas comprise ! »

Ses yeux, allumés comme des braises, indiquaient un proche danger. Entragues, qui avait bien autre chose en tête que la consolation, même occasionnelle, des hystériques, fit arrêter et descendit, en disant :

— « À bientôt, je vous comprends, moi. »

Elle sourit avec un vif mouvement de tête ; la voiture repartit.

Elle est en pleine crise, songeait Entragues. Tel autre en profiterait, car elle n’est pas laide et doit en de certains moments, acquérir une sorte de beauté de ménade, mais j’aime Sixtine et me sens, avec toute