Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/193

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l’Auvergne, son pays natal. Il en avait chez lui, en un vaste grenier, quinze mille de cette sorte et ne désespérait pas d’en doubler le nombre.

Entragues voulut l’entraîner loin de ces bords désolés ; il résista, comme un amant bien décidé à coucher en travers de la porte verrouillée de sa maîtresse.

Cette constance plut à Entragues.

— Venez donc jusqu’à la rue de Richelieu. Il y a là une grande salle mauresque où l’on trouve aussi quelques livres, et on est à l’abri.

— Oui, je ne dis pas, mais on ne peut pas les emporter chez soi.

Entragues le quitta sur ce mot dont il comprenait toute l’amertume, car il en était, lui aussi, de ceux qui ne lisent avec plaisir que les livres dont on est le maître. Livres, femmes, tableaux, chevaux, statues et le reste, l’herbe même et les arbres et tout ce dont on jouit, on n’en jouit qu’à moitié, si cela ne vous appartient pas. Cela explique le peu de succès des musées où il n’y a personne, hormis les dimanches de pluie ; il faut une grande indifférence ou un grand détachement pour associer d’ardentes sensations à la contemplation d’un tableau qu’un regard imbécile va polluer l’instant d’après.

Rue de Richelieu, c’était une atmosphère spéciale et qu’on ne respirait que là. Dès la porte, un petit frisson vous secouait les membres et une fois installé dans le fauteuil et à la place numérotée, on ressentait les cruelles atteintes de la fièvre des livres.

Entragues ne put tenir assis. Il se promena le long