Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/217

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pas bien que j’aime à rêver, à me taire
Et que mon naturel est un peu solitaire,
Que je cherche souvent à m’ôter hors du bruit ?
Alors, pour dire vrai, je sais bien qui me suit :
Quelquefois mon chagrin trouverait importune
La conservation de la bonne fortune,
La visite d’un Dieu me désobligerait,
Un rayon de soleil parfois me fâcherait.

Et que les professeurs ne viennent pas nous dire que le sentiment de la nature était inconnu au XVIIe siècle, quand on trouve encore dans ce même Théophile des vers tels :

Les roses des rosiers, les ombres, les ruisseaux,
Le murmure des vents et le bruit des oiseaux,

ou tels :

Chaque saison donne ses fruits,
L’Automne nous donne ses pommes,
L’Hyver donne ses longues nuits
Pour un plus grand repos des hommes.
Le Printemps nous donne des fleurs,
Il donne l’âme et les couleurs
À la feuille qui semblait morte…

Je ne sais plus le reste. On lit toujours les mêmes livres, acheva Calixte, sans se douter que ceux-là seuls ont un intérêt que le grand nombre dédaigne.

— Théophile, dit Entragues, est un des rares poètes français. Il est plein de délicates rêveries, je le connais bien et je l’aime :

Prête-moi ton sein pour y boire
Des odeurs qui m’embaumeront.