Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/234

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êtes !… J’ai soif de choses sérieuses ! Je veux respirer le grand air du ciel ! »

Le même frisson esthétique, à la même seconde, les secoua : leurs respirations se précipitaient, ils avaient pâli, leurs lèvres, comme pour de muettes exclamations, s’entr’ouvraient.

Le courant électrique qui descendait le long des vertèbres à flots rapides agita leurs membres, et enfin, insciemment attirés l’un à l’autre, ils furent obligés de laisser leurs mains obéir à l’attraction des fluides.

Dès lors, l’intensité des secousses émotives doubla : leurs êtres flottaient dans un remous tiède et caressant, sous la délicieuse pluie d’une chute d’eau chauffée par un mystérieux soleil, et les corporelles fleurs de la sensualité brûlaient de s’épanouir.

Ils écoutaient, sans qu’une syllabe de la magique prose tombât hors de leurs oreilles, et tout en écoutant, ils rêvaient ; ils oubliaient « la toute-puissance des esprits inférieurs » ; ils se divinisaient, ils gravissaient, souples et légers, les mystiques échelons, sommés, maintenant, par l’illusion d’un air très pur et très dilatant respiré au sommet d’une étroite montagne, au-dessus des nuages. En vérité, ils avaient, ainsi que le disait si bien l’homme de la pièce, l’homme moderne, « le cerveau troublé » ; ils disaient au monde entier : « Vos joies ne sont pas les miennes » ; tout ce qui remuait en dehors d’eux, toutes les choses qui s’agitaient au-dessous de leur vol étaient bien réellement « enfantines et nuisibles » ; ils renouaient « avec le silence », leur « vieil ami » ; ils