Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/44

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fatal : cela devait arriver.— « N’est-ce pas ? — Sans doute. » Je le congédie. En sortant il me demande des pages pour le numéro 1 de la Spéculative, nouvelle série. Cette ligne finie, je m’endors, mais pourquoi cette chambre s’appelle-t-elle la chambre au portrait ?

13 septembre, le matin.— J’ai rêvé de ce portrait et je le cherche à tous les coins et sur tous les pans. Cette pièce est même remarquablement nue : un papier gris uniforme ; au-dessus de la cheminée Empire, une glace qui monte jusqu’au plafond ; le lit occupe un des côtés du carré ; à droite de la porte, une bibliothèque de livres anciens ; à gauche, une commode à panse et à cuivres, surmontée d’une nouvelle glace ; en face, deux fenêtres ; entre les deux fenêtres, une toilette et encore une glace. Rien que cela.

14 septembre, le soir.— Nous avons fait une excursion aux Roches-Noires. M. de B…, qui était notre guide, a tué une vipère de quelques coups de baguette. Alors, Mme Magne a pris le reptile et un instant, s’est fait un bracelet de la bête encore mouvante. La comtesse a poussé des cris, il a fallu jeter la vipère dans un trou et j’ai réfléchi à la biblique et singulière sympathie de la femme et du serpent, car la comtesse criait sans conviction et Mme de B… plaignait la pauvre créature du bon Dieu.

14 septembre, le matin.— J’ai vu le portrait. La lune pâle et verte planait dans ma chambre ; je venais de me réveiller, et d’obscures et ophidiennes visions me hantaient encore. L’œil fiévreux, je regardais