Page:Gourmont - Sixtine, 1923.djvu/50

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Hubert ne se croyait atteint que d’une simple fièvre analytique. Souventes fois, pour le seul plaisir de se rendre compte, il avait suivi, en leurs évolutions psychiques, d’intéressants sujets. Surtout des femmes, mais trompées par une attention de motif indevinable, elles en avaient imaginé un autre, plus fréquent, s’étaient mises à minauder avec le scrutateur. Cela finissait ainsi, soit qu’Entragues s’éloignât, soit qu’un ricochet l’induisît à une secrète expérience de laboratoire.

Dans ce dernier cas, même, c’était court, car il n’avait presque jamais essayé ses réactifs que sur des âmes viles appartenant à des organismes souvent prostitués.

Sixtine était de la caste numéro un ou deux, provenant d’un couvent aristocrate et d’une famille oisive.

Rien d’assuré, au premier abord, à cause du moderne mélange et du reclassement personnel, mais plutôt déchue un peu que parvenue ; de celles, du moins, qui cultivent une vertu relative dans une avouable indépendance. Quant à certains autres problèmes qui l’inquiétaient, il s’amuserait à les résoudre peu à peu, chez elle, à l’aide de questions subtiles, car il obéirait à l’invitation, irait la voir.

Une rêverie si minutieuse dénotait une prise de possession certaine : Entragues ne s’en doutait pas encore, ou peut-être ne voulait pas condescendre à s’avouer que la forme féminine et agréable du grimoire agissait sur sa fantaisie, plus encore que sur sa curiosité.