Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


en toute naïveté et bonne foi, eux aussi, qu’ils prescrivent l’exercice de quelques vertus dont la pratique ferait reculer l’humanité au delà de l’état sauvage. Les philosophes, d’ailleurs, ne tiennent pas aujourd’hui un langage différent et ils seraient bien étonnés, si on les écoutait, de voir la civilisation, avec ses délicieuses complications, tomber en ruines et rendre la terre semblable aux champs où s’éleva Troie et aux déserts où se dresse encore le fantôme de Timgad.

Il faut considérer séparément les théories morales de l’humanité et la forme qu’elle donne à sa vie quotidienne.

Je vous ai parlé des grands hypocrites. Il y eut aussi de grands naïfs. Ni les uns ni les autres n’ont eu sur la marche générale des choses l’influence que vous pourriez supposer. Le monde des idées et des mots est un monde,