Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/61

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nisme universel et la part du caprice divin… C’est difficile ? Pourquoi. Les hommes, quoique soumis, vous le savez, et très étroitement, à des lois physiques fatales, ne sont-ils point, en apparence, aptes à l’initiative ? Vous êtes libres, quand vous vous croyez libres. Il en est de même des dieux, mais la liberté des dieux s’exerce sur une matière bien plus vaste, sur une matière qui, sans être infinie (il n’y a pas d’infini), est immense. Leur puissance, si supérieure qu’elle soit, est du même ordre que la puissance humaine. La Grèce a touché le nœud de la question, et si elle ne l’a pas dénoué, c’est qu’il n’est pas dénouable : le créateur du monde, le régulateur du monde, c’est le Destin. La Fatalité règne au-dessus des dieux, comme les dieux régnent au-dessus des hommes et, sous sa main, mon ami, nous sommes tous égaux, exactement comme vous