Page:Gourmont - Une nuit au Luxembourg, 1906.djvu/92

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vie, c’est-à-dire le mouvement éternel, était sa propre cause. Les grandes aventures d’ambition dont il fut témoin contribuèrent beaucoup aussi à le détacher des plaisirs sociaux. Les actions si simples et si exactes des animaux lui semblaient plus intéressantes que les débats sanglants de quelques furieux qui achetaient par un crime la certitude de mourir par un crime. Au moment qu’il écrivit son poème, j’étais presque seul à le visiter dans sa villa Lucretia, non loin d’Albanum. C’était une ferme, plutôt qu’une maison de plaisance, et souvent, en revenant d’une promenade, nous donnâmes un coup de main à la moisson ou à la vendange. Memmius, s’il se trouvait là, nous regardait ou jouait avec les filles. Memmius était un sage mondain et un peu libertin. Le soir, nous reprenions notre causerie. Je lui révélais tout entiers les mystères