Page:Gracian - Le Héros, trad de Courbeville, 1725.djvu/53

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de ce discernement : il en fit usage dans une circonstance où il sentit que malgré tous ses succès passés il hasardait trop sa gloire avec le rival heureux auquel il avait affaire. Ce rival était Charles Quint ; la fortune alors fidèle à le servir donna de l’inquiétude à Soliman, qui fut plus frappé du bonheur constant de son nouvel antagoniste que de toutes les puissances de l’Europe. Ainsi sans se soucier de ce que diraient ceux qui ne pensaient pas comme lui en pareil risque, Soliman prit le sage parti de ne se point commettre avec Charles Quint. Il laissa couler le temps, et par des délais adroitement ménagés, il sauva sa réputation du péril fondé de la perdre. François ier, roi de France, ne se conduisit pas de la sorte : son inattention à sa fortune et à celle de Charles Quint en compromis avec la sienne lui coûta la liberté pour un temps. Enfin, comme la bonne et la mauvaise fortune se rangent tantôt d’un côté, et tantôt de l’autre, c’est à une prudente sagacité en ces rencontres à forces égales, de déterminer tantôt à l’action, et tantôt à la suspension ; tantôt à donner, et tantôt à éluder avec avantage.