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MOINE QUI DEMANDE POUR DIEUX

déjeunaient ; les tièdes rayons d’un soleil du mois de mai étincelaient sur les cristaux, qui renvoyaient des gerbes diamantées. Dans une chambre voisine, on entendait une voix claire et vibrante qui chantait sur divers tons :

Oh ! oh ! oh ! qu’il était beau,
Le postillon de Lonjumeau !

— Ce cher enfant ! il s’amuse, dit la dame en tournant vers la porte entre-bâillée un regard plein de sollicitude maternelle.

— Eh ! notre Alfred court sur ses onze ans, s’écria le monsieur. Tandis qu’il s’amuse, nous devons penser à son avenir ; il est temps d’y songer. Qu’en ferons-nous ?

— Faites-en un philanthrope, répondit le jeune homme.

— Un philanthrope ? dit la dame en lançant un regard interrogateur.

— Eh ! ne voyez-vous pas, ma chère Hortense, que Georges en veut toujours à ce digne M. de Suriac, dont je lui citais tout à l’heure les admirables traits de charité.

— Une charité qui ne l’empêche pas de vivre en un fort bel hôtel.

— Ne voulez-vous pas que, par bonté d’âme, il se loge dans un grenier ? Mais tenez, j’ai justement à parler à M. de Suriac pour affaire qui concerne le bureau de bienfaisance de son arrondissement ; accompagnez-moi dans ma visite ; vous verrez cet honnête homme, vous l’entendrez et le jugerez mieux.

— Soit, dit Georges, je ne serai pas fâché de voir la philanthropie dans son intérieur.

M. et madame de Plantade se levèrent de table, la dame