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L’APPEL DE LA RACE

forme d’un fief de second rang, une concession de terre dans la seigneurie de Vaudreuil. Trop pauvre pour emmener sa famille en Louisiane, l’enseigne l’établit sur ses terres de Vaudreuil. Là, il fallut bientôt concéder, puis vendre une bonne partie du mince domaine, pour traverser les dernières années de la guerre de conquête. Puis, un jour le mystère plana sur l’enseigne louisianais. Déjà, en 1746, fait prisonnier par les Chérakis des environs de Mobile, il était resté neuf ans sans donner de ses nouvelles. À partir de 1765, ce fut, sur lui, malgré toutes les recherches, le silence absolu. Restée seule avec six enfants, sa veuve lutta vainement contre une pauvreté déjà lourde. En peu de temps les descendants de Pierre-Gaspard-Antoine établis au bord de la baie de Saint-Michel de Vaudreuil, se fondirent dans la foule paysanne. La particule nobiliaire se perdit. À la deuxième génération on ne s’appelait déjà plus que Lantagnac tout court. Puis, avec les années, et nous ne savons par quel mystère de morphologie populaire, Lantagnac se mua en Lamontagne. Dès le commencement du dix-neuvième siècle, il n’y avait plus guère, pour le bon peuple de Saint-Michel, que des Lamontagne sur la deuxième terre du rang des Chenaux.

C’est là qu’était né, en l’année 1871, Jules Lamontagne qui ne rétablirait l’orthographe de son nom que beaucoup plus tard. Longtemps les Lamontagne restèrent pauvres. Jules fut le premier dans la famille que l’on osa mettre au