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L’APPEL DE LA RACE

fantaisie ! Le self-control, Lantagnac était bien obligé d’en convenir, avait tout au plus réussi à rendre tumultueux, presque anarchique, l’être moral de ses enfants. Virginia ne s’était reconquise à l’équilibre qu’en retrouvant la discipline française. Wolfred restait aux autres une énigme, lui-même ne se comprenant pas. Et Nellie et William, entêtés dans leurs passions et leurs préjugés, allaient jusqu’à l’indépendance absolue, jusqu’à la révolte presque ouverte contre l’autorité de leur père.

— « Non, écrivait encore Lantagnac dans son journal intime, non l’éducation ne saurait faire abstraction ni des conditions de la vie ni des réalités de la race. C’est maintenant clair, tristement clair pour moi. Le self-control, méthode hasardeuse, sera franchement désastreuse pour la famille latine ou d’esprit latin. Le Latin veut des cadres plus fermés. À son tempérament plus intellectuel, plus sensitif, plus avide de jouissances, il faut de plus fortes disciplines, des freins plus vigoureux. Non, l’individualisme n’est pas fait pour nous, êtres d’esprit familial, de traditions communautaires. Passe peut-être dans la famille anglaise où le fils unique n’est souvent que l’associé du business paternel. Mais pas chez nous, où les enfants nombreux héritent moins, et souvent même n’héritent point ; pas chez nous où le lien puissant de l’intérêt ne maintient pas la cohésion du père et du fils. Ah ! comment n’ai-je pas vu ? Comment n’ai-je pas compris que