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L’APPEL DE LA RACE

là, le nom de William de Lantagnac qui achevait sa rhétorique, fut porté sur la liste des jeunes orateurs du prochain débat. Toujours frondeur, le rhétoricien voulut soutenir l’affirmative de la thèse. En vain le Père préfet des études fit-il observer au collégien l’inconvenance d’un tel choix, vu la situation de son père. William de Lantagnac s’entêta et finit par avoir gain de cause. Le débat n’ayant rien de public, le Père se flatta que les échos n’en dépasseraient pas les murs du collège : il laissa passer. Le débat eut lieu et le silence semblait discrètement gardé sur la fredaine de William, lorsque, par malheur, un fâcheux fit passer un compte-rendu de la joute oratoire dans un journal anglais de Montréal. Le lendemain Jules de Lantagnac put lire, dans toute la presse anglaise d’Ottawa, en manchettes suffisamment alléchantes : M. William de Lantagnac, fils de M. Jules de Lantagnac, élève du Loyola Collège de Montréal, soutient dans un débat public, la nécessité d’imposer au Canada le système des écoles nationales. La chose, comme bien l’on pense, n’en resta point là. Le surlendemain les mêmes journaux se prirent à commenter l’incident et l’exploitèrent à qui mieux mieux contre le député de Russell.

L’émotion de Lantagnac fut grande. L’incident, insignifiant en soi-même, prenait les proportions d’un scandale. À ce moment l’opinion publique plaçait déjà le député de Russell parmi les chefs de la minorité ontarienne. Au congrès