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PRÉPARATIFS DE BATAILLE

— J’ai toujours l’intention de faire mon devoir, répliqua froidement Lantagnac. Alors Duffin déposa sa serviette qu’il avait gardée jusque-là sous le bras. Il ajusta son binocle et se donna l’air d’un homme qui veut livrer une grande bataille. Puis, de son ton le plus protecteur, le plus conciliant, il commença le développement d’une vague théorie sur le danger, pour toute minorité, de recourir aux méthodes d’agitation, aux attitudes intransigeantes. On aigrit ainsi le plus fort qui se raidit, s’entête dans sa rigueur, quand il serait si simple, si habile, de parlementer, d’emporter par la ruse, « une ruse honorable », ce qu’on ne peut prendre par la force.

— « La diplomatie est l’arme des faibles », répétait Duffin comme une antienne. De là, il montrait à Lantagnac le gouvernement de Toronto fatigué, ennuyé de cette lutte, désirant sincèrement la paix, pourvu qu’on la lui demandât sans iui imposer d’humiliations ; il représentait à son beau-frère l’élément irlandais prêt aussi à tendre la main aux Canadiens français, pour la défense en commun de l’école catholique ontarienne. A l’entendre, il eut suffi qu’une occasion de traiter loyalement fût offerte aux deux parties.

— Or, plus que tout autre, Lantagnac, conclut l’Irlandais, vous êtes qualifié, par votre passé et par votre prestige, pour assumer ce rôle magnifique de pacificateur.

Lantagnac avait écouté l’homélie de Duffin, avec une attention demi-distraite, fronçant le