Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/37

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Vers la conquête

Au numéro 240 de la rue Wilbrod on s’inquiétait ce jour-là de la longue absence de Jules de Lantagnac. On venait de se mettre à table pour le dîner et le chef de la famille n’était pas encore rentré.

— N’est-ce pas à midi que devait arriver papa ? demanda Nellie, l’aînée des filles.

— Précisément, répondit Madame de Lantagnac ; sa dernière carte m’annonçait son retour par le train de onze heures et demie.

— Si au moins notre pauvre père peut avoir laissé là-bas son spleen, interjeta Wolfred, l’aîné des fils. À dire vrai, je le crois très fatigué.

— Je le crois, moi aussi, reprit Madame. Ne trouvez-vous pas un peu étrange ce long voyage dans sa famille où il n’a mis les pieds depuis vingt-trois ans, où surtout il a voulu aller seul ?

— Mais rien que de naturel en tout cela, dit Virginia, la cadette ; ce cher papa a trop bon cœur pour oublier toujours. Puis, bonnement, que serions-nous allés faire à Saint-Michel, nous qui ne parlons pas leur français ?

— Leur français ! s’exclama Nellie ; dis plutôt leur patois. Ah ! voyez-vous cela d’ici ? Papa qui se remet à ce langage !…