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LE CHOC SAUVEUR

— Je le vois, dit Lantagnac, et je comprends pourquoi le sénateur s’y donne jusqu’au bout.

— Il y a bien aussi les persécutés à soutenir, continuait le religieux. Et je sais que le sénateur a songé à eux. La bataille dure déjà depuis six ans ; elle a été rude pour ce peuple qui dormait. Pour qu’il garde son courage, il lui faut des exemples de courage. Il y a aussi l’opinion publique qu’il faut tenir en éveil ; il y aura peut-être, d’ici quelque temps, de grands sacrifices, je vous en préviens, Lantagnac, de grands sacrifices que devront consentir quelques-uns des nôtres, ceux qui sont des chefs ou peuvent l’être. Si Landry se sacrifie, c’est, je suppose, qu’il veut avoir le droit de demander le sacrifice.

Ici le Père Fabien, l’homme des décisions promptes, carrées, prit son ton nerveux, expéditif :

— Lantagnac, vous me rendrez cette justice : je ne m’occupe point de politique, cette misère ; mais je me mêle volontiers d’action française, surtout lorsque la question française est une question religieuse. Je vais donc droit au but : vous avez vu Landry ? Que vous inspire cet homme et puis-je savoir ce que vous avez décidé ?

— J’ai vu le sénateur, commença Lantagnac, de son ton mesuré et calme ; c’est l’homme comme je l’aime : un homme qui a une droiture dans le regard et dans l’esprit. Point de pose, point de phrases. Par-dessus tout, une belle intelligence,