Page:Groulx - L'appel de la race, 1923.djvu/95

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
95
LE CHOC SAUVEUR

lence qu’il n’avait pas su réprimer. Sur le ton tout à fait désarmé, d’une voix presque négligée, il répondit à son beau-frère :

— Grand bien vous fasse, mon cher ; vous ferez assurément un beau député.

— J’en accepte l’augure, lui avait répliqué Lantagnac, déjà calme et froid.

Puis, se levant de table, il avait ajouté avec une grâce parfaite :

— En attendant la guerre, mon cher William, usons bien de la paix. Vous êtes venu pour votre partie d’échecs ? Maud va jouer avec vous ; vous ne perdrez rien à l’échange. Quant à moi, j’ai un vaste dossier à parcourir d’ici quelques heures, quelques lettres aussi, très urgentes, qu’il me faut expédier. Vous me pardonnez ?…

— Mais, sans doute, sans doute, ricana aimablement Duffin ; qui ne connaît les soucis d’un candidat ?

Et l’on entra au salon.

C’était une vaste pièce où s’étalait, sous les riches luminaires, l’opulence un peu lourde d’une élégance hâtivement apprise. Lantagnac qui avait toujours laissé à Maud l’arrangement de sa maison, s’en flattait de moins en moins. Depuis que tout le ramenait vers l’ordonnance française, il regardait, avec un déplaisir croissant, l’entassement de ces meubles et de ces bibelots dépareillés où des consoles, des fauteuils de vieux style s’appariaient plutôt péniblement à des poufs, à des bergères modernes et d’un