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mes mémoires

De là, le siège social devait se transporter dans un petit réduit situé au rez-de-chaussée du Monument National (Montréal), sous le grand escalier qui conduit au premier étage. La Ligue naissait donc pauvre, comme toutes les œuvres qui ont l’habitude de faire leur trouée dans la vie. Elle serait le « pauvre sous l’escalier ». Les animateurs en sont alors les deux principaux fondateurs : le Père Papin Archambault et le Dr Gauvreau. À eux se sont déjà joints ou viendront bientôt se joindre : Omer Héroux, du Devoir, Anatole Vanier, avocat, Léon Lorrain et le Père Guillaume Charlebois, o. m. i.[1], provincial de sa communauté. La Ligue s’est assigné pour fin : rendre à la langue française, dans les différents domaines où s’exerce l’activité des Canadiens français, et particulièrement dans le commerce et l’industrie, la place à laquelle elle a droit. La Ligue mène sa campagne d’éducation, au moyen de petites brochures, tracts ou feuilles volantes, listes d’expressions techniques en langue française répandues dans le public. Elle fait surtout ce que j’appellerais la « petite guerre » au mépris du français par les gouvernements, les commerces, les industries, les compagnies d’utilité publique, les professions, ceux et celles-là mêmes qui relèvent de Canadiens français. En ce réduit du Monument National vont bientôt naître deux autres moyens d’action de la Ligue : l’Almanach de la Langue française, destiné à la masse populaire, et une petite revue destinée à en devenir le principal organe : L’Action française. Celle-ci paraît, pour la première fois, en janvier 1917 ; elle étale en manchette un article d’Édouard Montpetit : « Vers la supériorité ». C’est alors en mars 1917, qu’on m’invite à prendre siège parmi les directeurs de la Ligue. Premier pas sur la pente. J’y remplace Léon Lorrain qui a dû quitter. Mes cours d’histoire à l’Université ont attiré l’attention de mes futurs collègues. Je venais, du reste, d’inaugurer ma collaboration à la revue par l’article de tête de sa deuxième livraison, celle de février : « Une action intellectuelle ». Mais comment étais-je venu à la Ligue et à sa revue ? À notre dixième anniversaire, le Père Papin Archambault répondait ainsi à la

  1. Guillaume Charlebois (1864-1939), o.m.i. ; professeur à l’Université d’Ottawa (1888-1890) ; supérieur du Scolasticat Saint-Joseph (1906-1913) ; provincial de la province oblate de l’Est canadien (1913-1921) ; supérieur et maître des novices (1921-1930) ; supérieur du Juniorat de Chambly (1932-1934) ; en charge des postulants Frères (1930-1939).