Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/116

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114 MES MÉMOIRES pagne intellectuelle ? On pourrait dire qu’elle a utilisé presque toutes les formes de la littérature de propagande: le tract, l’ar¬ ticle d’actualité ou l’éditorial, le portrait, la critique littéraire, la pièce documentaire, la chronique, chronique de ce que j’appelle¬ rai la « petite guerre », chronique de la vie de l’œuvre; elle adop¬ tera surtout le procédé de l’enquête, qui est presque le procédé du livre, étude approfondie d’une question, d’un problème, servie par tranches, comme autant de chapitres d’un ouvrage. Le tract, L’Action française le servira mensuellement à ses lecteurs, à partir de 1921, sous la forme du « Mot d’ordre », pla¬ cé en première page. L’initiative appartient à Antonio Perrault. Le temps nous manque souvent de faire sa part à l’actualité de la dernière heure, ou d’intervenir en des questions urgentes. Le mot d’ordre y pourvoit. Quelques lignes concises, bien frappées, exposeront, dira Jacques Brassier, tantôt un point de notre doc¬ trine exigé par les circonstances, « tantôt notre attitude... sur des entreprises ou des problèmes où l’Action française ne saurait se dérober sans manquer à la raison même de son existence ». J’ai rédigé, je crois, le plus grand nombre de ces mots d’ordre. Lors¬ qu’il en est question dans nos réunions, mes collègues de la di¬ rection se tournent d’ordinaire de mon côté. On me prête quelque aptitude pour ces sortes de mises en garde, ces appels à la résis¬ tance, ces brèves harangues de combat. Il ne serait pas sans intérêt d’en faire un recueil. L’œuvre de L’Action française s’y révélerait, pour une bonne part, avec son caractère de revue d’avant-garde, son sens de l'actualité, son souci de la synthèse vitale. J’y retrouve, par exemple, la hantise du problème qui, vers 1920, obsède tous les esprits: celui de l’émancipation écono¬ mique. Sous le titre: « Secouons le joug », l’auteur du mot d’or¬ dre (août 1923) dénonce l’invasion sans frein du capital améri¬ cain: Nous croyons qu’un jeune Etat comme le nôtre ne saurait se passer du capital étranger. Mais nous croyons aussi que le capital étranger ne doit jamais prendre la place du capital national; dans les entreprises qu’il fonde ou qu’il assiste, il doit en définitive concourir au bien public, sous peine d’être un désordre; par-dessus tout il ne doit jamais devenir telle¬ ment puissant qu’il crée un sur-Etat économique capable de tenir en laisse l’Etat politique.