Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/151

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TROISIÈME VOLUME 1920-1928 147 M. l’abbé, Je vous remets ci-joint l’article que vous avez bien voulu me charger d’écrire pour L’Action française. Je vous prie de me pardonner le long retard que j’ai appor¬ té dans la préparation de ce travail. Puis-je vous demander, M. l’abbé, d’être indulgent et d’introduire, dans ces quelques pages, les corrections de forme que vous jugerez nécessaires. Vous remerciant de l’honneur que vous me faites en m’in¬ vitant à collaborer à votre belle revue, je vous prie M. l’abbé, d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux. 196 Berri\tEs.\tMinville Il m’avait apporté un article où s’affirmaient déjà les qualités maîtresses de son esprit: de la densité et de la lucidité. L’impé¬ rialisme économique des voisins y est nettement défini en ses traits caractéristiques: ... Car les Américains, avec la ténacité et le sans-gêne qui leur sont propres, poursuivent à l’heure actuelle, par le prêt et le contrôle financier, par le trust, la direction politique et l’inter¬ vention directe dans les affaires intérieures, comme à Cuba, à Haïti, à Panama, une campagne de conquête et d’accaparement économique d’autant plus effective et dangereuse que pacifique... Le but des Yankees est de faire contrepoids le plus vite possible à l’influence du capital anglais dans le développement économique de notre pays. Pour finir, le jeune publiciste donnait cet avertissement des¬ tiné, hélas, à tomber dans le vide, comme en tous pays de sourds: Il serait temps d’éclairer sur ce point l’opinion populaire, d’user d’un peu plus de prévoyance dans le trafic de nos richesses naturelles, d’amender notre politique de concessions sans re¬ cours, de canaliser le flot montant de l’or étranger, en particu¬ lier de l’or américain, si nous ne voulons pas être réduits bientôt au rôle de serviteurs dans notre propre maison (L’Action fran¬ çaise, X: 97-105). Dire qu’il faudra vingt-cinq ans pour qu’on s’éveille sur cette intrusion troublante du voisin et point d’abord à Québec, mais à Ottawa ! En 1923, Minville a tout juste vingt-sept ans. Dès lors