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mes mémoires
jusqu’à l’état d’âme supérieur où ils prendront en eux-mêmes, dans la synthèse de leurs vertus natives, dans le commandement de leur histoire et de leur vocation, le gouvernement immédiat de leur pensée, l’essor souverain de leur vie.

De là, serrant de plus près la question, je tentais la définition d’une doctrine de vie à l’usage de notre petit peuple :

Notre doctrine, elle peut tenir tout entière en cette brève formule : nous voulons reconstituer la plénitude de notre vie française. Nous voulons retrouver, ressaisir, dans son intégrité, le type ethnique qu’avait laissé ici la France et qu’avaient modelé cent cinquante ans d’histoire. Nous voulons refaire l’inventaire des forces morales et sociales qui, en lui, se préparaient alors à l’épanouissement. Ce type, nous voulons l’émonder de ses végétations étrangères, développer en lui, avec intensité, la culture originelle, lui rattacher les vertus nouvelles qu’il a acquises depuis la conquête, le maintenir surtout en contact intime avec les sources vives de son passé, pour ensuite le laisser aller de sa vie personnelle et régulière. Et c’est ce type français rigoureusement caractérisé, dépendant d’une histoire et d’une géographie, ayant ses hérédités ethniques et psychologiques, c’est ce type que nous voulons continuer, sur lequel nous appuyons l’espérance de notre avenir, parce qu’un peuple, comme tout être qui grandit, ne peut développer que ce qui est en soi, que les puissances dont il a le germe vivant.

Programme ambitieux ! Avant d’en aborder l’exécution, il fallait indiquer, au moins brièvement, les altérations subies en Amérique par le type canadien-français. Ces altérations provenaient, sans doute, du mal prédominant de la conquête anglaise. Mal aggravé, toutefois, et ici l’on retrouve mon pessimisme de ce temps-là sur notre régime politique, mal aggravé, écrivais-je, depuis 1867, par le fédéralisme :

La confédération peut avoir été une nécessité politique… Elle n’a pas empêché que le système n’ait tourné contre nous de considérables influences…

Pessimisme, comme on va le voir, qui rejoint d’assez proche l’école de nos jeunes historiens et qui aboutissait à marquer nettement, dès cette époque, l’orientation presque fatale où s’en allait tout le système fédératif. Quelle résonance prennent, en effet, ces lignes écrites il y a trente ans :