Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/235

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 231 le corps d’un patient ne périclitât entre les mains d’un médecin de si fraîche date. » Ce jeune homme qui n’a que 20 à 22 ans fait voir néanmoins une remarquable maturité. L’âme, le cœur chez lui sont de bonne frappe. En quels nobles termes il prêche, non sans un grain d’exaltation, à son frère aîné, le courage, l’éner¬ gie, la nécessité d’une culture générale. Il lui écrit des choses comme celles-ci: Plus que moi, tu dois te rendre compte des défauts et d’une ignorance dont t’avertissent des études spéciales. Lorsque tu étais ici, tu me condamnais avec vivacité, parce que je soutenais que le premier et le plus noble de nos devoirs était de devenir instruits nous-mêmes. Les grands bouleversements dont tu rêves, vas-tu les faire naître et les diriger, avec tout juste les connais¬ sances nécessaires pour te « faire vivre »? Te suffira-t-il d’aller plaider régulièrement aux grandes et petites cours pour avoir quelque influence sur les autres ? Pour n’être pas « un aveugle qui conduit d’autres aveugles », il faut connaître bien le métier dont on s’ingère et être plus instruit que ceux que l’on prétend enseigner. Quand le temps passe si vite et peut être rendu si fructueux, vi¬ vre pour ne rien faire, c’est absurde... C’est donc sagesse d’avoir du courage. Cet adolescent d’hier qui ne pense pas encore au mariage, ne rêve-t-il pas de rénover le rôle de la femme ? Voici quelques lignes adressées à son père encore à Paris: Il est grandement temps si l’on veut conjurer l’anéantissement des Canadiens que femmes comme hommes, mères comme pères sortent de l’apathie et de la torpeur qui les a endormis jusqu’à présent et ont paralysé en eux toutes les puissances de la nature. Si absorbé qu’il soit par ses études médicales, ce jeune Cana¬ dien de vingt ans se garde les yeux bien ouverts sur les choses et les hommes de son époque. Rien ne lui échappe de cette scène de Paris où se déroulent alors les plus grands événements. Sur l’état politique de la France de Louis-Philippe qui vient d’opérer un recul diplomatique peu honorable, il porte ce jugement d’un ra¬ re bon sens: