Page:Groulx - Mes mémoires tome II, 1971.djvu/239

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QUATRIÈME VOLUME 1920-1928 235 quin; que ce soient les entreprises les plus vastes qui tentent no¬ tre activité, et la stimulent. Un autre jour, il reprendra ce même thème: Je ne cesse de te répéter — ce que tu ne veux pas admettre — que nous ne devons pas nous contenter d’être autant ou plus que d’autres jeunes gens de notre âge, et de notre pays, mais viser à acquérir un mérite intrinsèque, dont nous puissions nous rendre le témoignage et qui nous crée une valeur, une compé¬ tence certaine. Vers ce même temps, comment ne pas admirer sur l’avenir de son père ou mieux sur l’orientation prochaine de la vie du tribun, la clairvoyance de l’étudiant ? S’il décide de rentrer au pays, quelle conduite, quel comportement politique adoptera Louis-Joseph Papineau ? On s’interroge là-dessus dans le grand public au Canada. On s’en inquiète anxieusement dans sa paren¬ té et dans sa famille. Un, entre peu d’autres, a vu clair. Et plût au Ciel que, pour sa gloire, le tribun se fût résigné à l’avis de celui-là. Et ce sage, ce fut le fils Lactance. A l’encontre de son frère Amédée, il voit son père rentrant d’exil, sans bruit, disant adieu à la vie politique, puis, allant s’enfermer dans l’intimité fa¬ miliale et ce, à titre de seigneur colonisateur. C’est par là que Papineau refera la fortune des siens et jouera le rôle le plus uti¬ le. Lactance écrit à Amédée: Avec de telles entraves [il veut dire l’instabilité et l’imbroglio politiques des années 1843-1848] et des circonstances aussi bi¬ zarres, quel rôle veux-tu que Papa joue... ? J’imagine, moi, que Papa devrait se rendre incognito à la Petite-Nation, que son séjour au Canada fut le secret de sa famille, et que, au moins officiellement, il y demeure inconnu. Cette opinion bien arrêtée, Lactance l’exposera à sa mère: N’avons-nous pas toujours vécu dans la misère ou dans un état de gêne plus ou moins grand ? Vingt-cinq mille louis peuvent se dépenser plus aisément en France que mille au Canada. Papa n’a donc rien de mieux à faire que d’aller diriger ses affaires à la Petite-Nation (lettre du 21 mai 1844). Ce rôle effacé, au moins momentanément, Lactance ne craindra pas de le conseiller à son père et de lui prêcher la sagesse poli¬ tique. De retour au Canada, il écrit à l’exilé le 26 octobre 1844: