Page:Groulx - Si Dollard revenait, 1919.djvu/14

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et dirigées par les meilleures forces de l’esprit vont recommencer de nous mouvoir et de nous guider. On aurait pu craindre que, par cette querelle de nos Anciens et de nos Modernes, le progrès ne fût pas assez chez nous la tradition, qu’il fût la nouveauté des jeunes, hasardeuse et anarchique. Grâces au ciel, ce sont aujourd’hui les jeunes qui sont les vieux. Ce sont les jeunes qui retournent au passé qu’on avait oublié ou qu’on leur avait caché et qui, quelquefois, s’en vont par-dessus la tête de leurs pères, renouer avec les ancêtres notre continuité historique.


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LE DEVOIR DE L’ÉLITE


Si Dollard revenait, il applaudirait à ce réveil et il en serait le premier excitateur. Sa courte vie nous l’enseigne : il a cru au devoir spécial de l’élite. Si le premier il a songé au sacrifice du Long-Sault, c’est que noblesse oblige et que Dollard est commandant d’une garnison dans une colonie de soldats. C’est une élite qu’il a voulu appeler au partage de son héroïque aventure. Sur la Pointe-à-Callières les seize compagnons sont la fleur de la jeunesse. Tous, à l’exception de deux, qui ont trente et trente et un an, sont des jeunes hommes de vingt et un à vingt-huit ans au plus.

Pour Dollard le devoir de l’élite est le plus entier qui soit ; il va jusqu’à l’immolation totale de la personne et de la vie. Parmi ceux qui vont promettre leur dévouement à la Nouvelle-France, quelques-uns vont se dépouiller de leurs biens, et Blaise Juillet, l’un des premiers dix-sept, a femme et quatre enfants ; ils devront encore s’engager par serment à ne pas demander quartier ; ils ne pourront