Page:Guèvremont - Le survenant, 1945.djvu/261

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
262
LE SURVENANT

mier à m’en réjouir. Le mariage est une chose fort grave et d’autant plus sérieuse pour un veuf avec de grands enfants au foyer…

Pendant que son curé lui prodiguait de sages conseils et tentait de le dissuader d’un mariage précaire, Didace, envoûté, était à des lieues de là : le Survenant connaissait tout. Il avait toujours raison. Puisqu’il lui avait conseillé de se remarier, rien de mauvais ne devrait en résulter. Et c’était aussi grâce à lui que le père Didace avait connu l’Acayenne. L’Acayenne ! Seulement à la nommer ses vieilles chairs en tremblèrent de joie. Il attendit d’être maître de son sang et de sa voix pour dire :

— Vous pouvez toujours écrire, monsieur le curé…

Mais debout, tirant de sa poche un vieux porte-monnaie que ses doigts gourds ne parvenaient pas à ouvrir, il ajouta :

— Je jongle à une chose, monsieur le curé… pour la dispense des bans, là… vous pensez pas que, si je la prenais t’de suite, à vous j’exempterais pas mal de trouble, et à moi, vu que les chemins veulent se couper et vont devenir méchants sans bon sens, je m’épargnerais un gros voyage ?

FIN DU PREMIER LIVRE.
Toussaint 1942
Noël 1944