Page:Guillard - Étude sur les drames consacrés à Jeanne d’Arc, 1844.djvu/14

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imposée en chantant la Mission de Jeanne d’Arc. Son drame est partagé en cinq journées. La première se passe à Domremi, devant la chaumière de Jacques d’Arc : les parents de Jeanne déplorent le malheur des temps, et presque autant les rêveries de leur fille aînée. Bientôt elle-même, seule avec son frère Pierre, lui découvre les révélations qu’elle a reçues d’en haut, et sa résolution d’aller au secours de son roi. En vain sa famille veut la retenir en lui donnant un époux ; elle le lègue à sa sœur. Des sons belliqueux annoncent des guerriers ; c’est le seigneur Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, avec ses chevaliers, qui se retirent devant les Anglais : Jeanne les rassure, et leur déclarant des faits que Baudricourt vérifie et qu’elle n’a pu savoir que par inspiration, elle fait reconnaître sa mission et par les chevaliers et par sa famille. Le premier usage qu’elle fait de son influence, c’est d’obtenir la grâce d’un misérable, nommé Loyseleur, souillé d’un crime inconnu, et qui, usurpant la robe et les fonctions sacerdotales, s’en servait au profit des Anglais ; mais après l’avoir arraché à la fureur des soldats, Jeanne, voulant effacer la trace de ses discours pernicieux, le démasque, et dès-lors se crée en lui un ennemi juré : premier sacrifice que la vertueuse fille fait à son roi. Ainsi se noue une intrigue sanglante, où l’hypocrisie gagée doit jouer un si terrible rôle. Pendant que ses compagnes en chœur chantent et prient pour elle, la Pucelle s’avance vers le château de Chinon où réside le roi Charles VII.

Là commence la deuxième journée : c’est Loyseleur qui ouvre la scène avec Magistri, son ancien complice, actuellement astrologue du monarque français, et vendu aux Anglais. Magistri s’efforce d’éloigner Jeanne, de la décrier, enfin de lui fermer la bouche ; il va jusqu’à la menacer d’un poignard. Elle le repousse l’épée à la main. Néanmoins dédaignée à la cour, délaissée et non découragée, elle tombe à genoux et prie avec tant de ferveur et de charité que Charles VII, qui l’a entendue, veut bien la soumettre à quelques épreuves. Jeanne, par la précision de ses réponses miraculeuses, par leur élévation et leur enthousiasme dès qu’il s’agit de la France et du roi, par leur modestie et leur simplicité dès qu’il s’agit d’elle, étonne,