Page:Guillaume d’Orange, le marquis au court nez (trad. Jonckbloet).djvu/312

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— Ne vous épouvantez pas. Seulement ne vous moquez plus de moi et ne volez pas mon tinel, ou vous me le paieriez ; car il n’y a si bonne arme sur terre, et je ne le céderais pas pour quatorze cités.

Puis s’adressant au comte, il lui dit :

— Sire Guillaume, je suis prêt à vous servir. Partons, car vous tardez trop longtemps ; nous devrions déjà être de l’autre côté des gorges de la montagne. Par l’apôtre saint Pierre ! je vous ferai rendre les clés de toute l’Espagne ; ni Thibaut ni Desramé ne la défendront. Noble comte, hâtez-vous, pour Dieu ! car on a grandement besoin de vous dans Orange.

— Vous dites vrai, répondit Guillaume. Que tout le monde soit prêt à marcher demain.

Cet ordre fut répété dans toute l’armée. Et de tous côtés on tira les hauberts de leurs étuis, on fourbit les heaumes et les épées, on répara les écus et on laça les pennons aux lances. Les chevaux furent soigneusement étrillés et largement pourvus de foin et d’avoine.

Au palais il y eut un grand banquet ; on avait allumé cinquante cierges et plus de trente torches, et les tables étaient couvertes des mets les plus succulents. Après qu’on se fut lavé les mains, la fleur de la chevalerie s’assit aux tables principales. Et cette fois encore Guillaume agit comme un noble homme qu’il était, en faisant asseoir à ces côtés son hôte Guimar et son épouse.

Du reste il fut bien payé de son hospitalité ; car cette nuit on lui donna deux cents marcs d’argent, deux beaux chevaux, deux mules bien dressées et de beaux pourpoints avec des manteaux fourrés.

On ne but pas mal de vin pur et épicé, et Renouard en eut largement sa part. Il s’endormit, ivre-mort, dans la cuisine, avec son tinel à ces côtés.

Quatre écuyers, voulant lui jouer un tour de leur façon, unirent leurs forces pour lui enlever sa massue et la cacher