Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/104

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dise encore une fois que je hais Isabellada. Oui, je la déteste, je voudrais l’avoir entre mes mains, l’écraser, la déchirer de mes ongles et plonger ma tête dans son sang, et m’y désaltérer en la replongeant encore !

Le lion rugit dans sa cage, il fait sonner sa queue, il remue sa crinière, et la gueule ouverte il attend une femme que Pedrillo a dans les bras.

Celui-ci ouvre une porte et la précipite.

Déjà le fier animal l’avait saisie, lorsque lsambart, survenu à ses rugissements, arracha Marguerite ; elle avait la poitrine déchirée, et ses mains portaient l’empreinte des grilles.

XI

Quelle est cette femme qui sort en chancelant de l’hôpital ? Sa taille est grosse, ses cheveux rouges, son regard stupide ; un bonnet de dentelle avec des fleurs sales lui couvre la tête, ses habits sont déchirés et son aspect est misérable et fait pitié. C’est une folle. Vous voyez bien que son rire est étrange, ses mots entrecoupés, qu’elle court, qu’elle s’arrête ; bien sûr, c’est une folle. Ses mains et son visage ont des balafres ; bien sûr, c’est Marguerite. Oui, c’était elle.

Elle marcha ainsi pendant deux jours, ne sachant où elle allait, sans avoir rien pris, rien ramassé, rien que la boue qu’on lui jetait en passant. Les gamins couraient après elle, et lorsqu’elle se détournait pour leur dire : « Il fallait que vous soyez sans pudeur et sans âme ! » sa figure grimaçait ; son costume et ses fleurs sur le bonnet déchiré les faisaient rire, ils l’accablaient de leurs huées et de leurs cris de dédain.

Fatiguée, harassée, n’en pouvant plus, elle tomba presque évanouie sur le gazon d’un boulevard.

Tout à coup elle releva la tête, promena ses regards hébétés autour d’elle, et s’écria d’une voix tonnante :