Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/125

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ll f’ait beau dans les bois, on y respire un air f’rais et pur ; alors on était en plein midi, et chacun éprou- · vait la clouce sensation que procure l’ombrage lorsqu’on voit au loin passer uelque rayon du soleil a travers les branches, car ill f’aut vous dire que l’on était alors dans la Forêt.

Garcia, vêtu de noir, sombre et pensif’, avait suivi machinalement son frère qui s’était écarté pour aller a la piste du cerf’, dont il venait tout à l’heure de perdre les traces. Ils se trouvèrent bientôt isolés et seuls dans un endroit où, le bois devenant de plus en plus épais, il leur fut impossible d’avancer ; ils s’arrêtèrent, descendirent de cheval et s’assirent sur l’herbe. — Tc voilà donc cardinal, dit vivement Garcia, qui jusqu’a.lors avait été silencieux et triste ; ah ! te Voila cardinal.

II tira son é ée.

— Un cardinal !

Et il rit de son rire f’orcé et éclatant, dont le timbre avait quelque chose de cruel et de f’éroce. — Cela t’étonne, Garcia ?

— Oh ! non. Te souviens-tu de la prédiction de Beatricia ?

— Oui, en bien ?

— Te souviens-tu de la chambre où il y avait des cheveux d’ex écu tés et des crânes humains ? te souviens tu de ses longs cheveux blancs ? N’est-ce pas, hein, mon cardinal, n’est-ce pas que cette lemme avait quelque chose de satanique dans sa personne et d’infernal dans son regard ?

Et ses yeux brillaient avec une expression qui lit frémir François.

— Où Veux-tu en venir avec cette Femme ? — Te souvient-il de sa prédiction ? te souvient-il qu’elle t’avait dit que tes projets réussiraient ? Oui, n’est-ce pas ? Tu vois que j’ai la mémoire bonne, quoiqu’il y ait deux jours et que ces deux jours aient