Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/172

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rougis, sa peau blanche et tirée, ses mains maigres et allongées, tout cela indiquait bien les nuits sans sommeil, les rêves brûlants, les pensées du génie. Et vous croyez que ce sourire d’amertume est un sourire de vanité ? vous croyez que ces joues creuses se sont amaigries sur les livres, que son teint s’est blanchi à la chaleur du charbon, et que celui-là maintenant qui pleurerait de rage si clétait un homme, cherche un nom, une immortalité ? vous croyez que ces livres jetés avec colère, ces feuillets déchirés, et que cette main qui se crispe Iet qui se déchire, vous croyez qu’1l se désespère ainsi pour n’avoir point trouvé une parcelle d’or, un poison qui fait vivre ? ll allait retourner à sa place quand il aperçut, sur la muraille noircie, des lignes brillantes qui se dessinaient fortement et qui formèrent bientôt un monstre hideux et singulier, semblable à ces animaux que nous voyons sur le portique de nos cathédrales, affamé, les flancs creux, avec une tête de chien, des mamelles qui pendent jusqu’à terre, un poil rouge, des yeux qui flamboient et des ergots de coq.

Il se détacha de la muraille tout à coup et vint sauter sur le fourneau ; on entendit le bruit de ses pattes grêles et Hnes sur les pavés du creuset. — Que me veux-tu ? dit-il à Arthur. — Moi ? rien !

— Mais, n’es-tu point l’esprit damné qui perd les hommes, qui torture leur âme ?

— Eh bien, oui, repartit le monstre avec un cri de joie, oui, je suis Satan.

— Que me veux-tu ? que viens-tu faire ici ? — Tlaider.

— Et à quoi ?

— A trouver ce que tu cherches, l’or, l’élixir. — Vraiment oui ! Tu ne sais donc pas que je peux vivre des mondes, qu’une pensée de ma tête peut faire rouler l’or à mes ieds ? Non, Satan, si tu n’as de