Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/181

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et s’appuya sur la corne d’une génisse, immobile et muette de terreur ; elle entendit des pas derrière sa tête, elle sentit ses joues effleurées par un souffle brûlant et un homme vint se placer debout devant elle. Il était richement vêtu, ses habits étaient de soie noire, sa main gantée reluisait de diamants ; au moindre de ses gestes on entendait un bruit de sonnettes argentines, comme mêlées à des pièces d’or ; sa figure était laide, ses moustaches étaient rouges, ses joues étaient creuses, mais ses yeux brillaient comme deux charbons, ils étincelaient sous une prunelle épaisse et touffue comme une poignée de cheveux ; son f’ront était pâle, ridé, osseux, et la partie supérieure en était soigneusement cachée par une toque de velours rouge. On eût dit qu’il craignait de montrer sa tête. — Enf’ant, dit-il à Julietta, belle enfant ! Et il l’attira vers lui d’une main puissante, avec un sourire qu’il tâchait de faire doux et qui n’était qu’horrible.

— Aimes-tu quelqu’un ?

— Oh ! laissez-moi, dit la jeune fille, je me meurs entre vos bras ! vous m’écrasez !

— Eh quoi ! personne ? continua le chevalier. tu aimeras quelqu’un, car je suis puissant, mot, . je donne la haine et l’amour. Tiens, asseyons-nous1c1, continua-t-il, sur le dos de ta vache blanche. Celle-ci se coucha sur le côté et prêta le flanc, l’inconnu s’assit sur son cou, il tenait d’une main une de ses cornes et de l’autre la taille de Julietta. Les feux f’ollets avaient cessé, le soleil n’éclairait plus, il faisait presque nuit et la lune, pâle et faible, luttait avec le jour.

Julietta regardait l’étranger avec terreur ; son regard étai : terrible.

— Laissez-moi ! lui dit-elle, oh ! laissez-moi, au nom de Dieu !

— Dieu ? re rit-il amèrement, et il se mit a rire.