Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/185

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— Ciel ! du sangl s’écria Juliette — elle devint pâle et tomba sur les genoux de sa mère — ohl c’est lui ! — Qui ?

— Lui enfin, lui qui m’a retardée. — Q n’est-ce ?

— Je ne sais !

— C’est moi, s’écria une voix qui partait du fond de l’appartement, avec un rire perçant. En eH’et l’étranger et le duc Arthur étaient collés contre la muraille.

Le vieillard sauta sur son fusil croché dans sa cheminée, et les ajusta.

— Grâce pour lui! s’écria Julietta en se jetant violemment autour de son cou.

Mais la balle était partie, on n’entendit plus rien, les deux fantômes disparurent ; seulement, au bout de quelques instants, une vitre se cassa et une balle vint rouler sur les pavés.

C’était celle que Satan renvoyait. VI

Tout cela était étrange, il y avait là-dessous quelque sorcellerie, quelque piège magi ne ; et puis, ce lait changé en sang, cette apparitionqbizarre, le retard de Julietta, son regard elïaré, sa voix chevrotante, et cette balle qui venait rebondir autour d’eux, avec leur rire sinistre échappé du mur, tout cela fit pâlir et trembler la famille ; on se serra les uns contre les autres et l’on se fut aussitôt. Julietta s’appuya la tête dans la main gauche, posa le coude sur la table, et défaisant le ruban qui retenait ses cheveux, elle les laissa tomber sur ses épaules, puis, ouvrant les lèvres, elle se mit à chanter entre ses dents, bien bas il est vrai ; elle murmurait un vieux refrain, aigre et monotone, qui sortait en sifHant ; elle se balançait légèrement