Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/192

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bondit dans la nef’, rugit, ébranle les piliers et fait tomber la voûte.

Il falIait voir aux prises ces deux créatures toutes bizarres, toutes d’exception, l’une toute spirituelle, l’autre charnelle et divine dans sa matière ; il fallait voir en lutte l’âme et le corps, et cette âme, cet esprit pur et aérien, rampant impuissant et faible devant la morgue hautaine de la matière brute et stupide. Ces deux monstres de la création se trouvaient en présence comme pour se haïr et se combattre, c’était une guerre acharnée, à mort, une guerre terrible, ... et qui devait finir entre eux, comme chez l’homme... par le doute et l’ennui.

C’était deux principes incohérents qui se combattaient en f’ace ; l’esprit tomba d’épuisement et de lassitude devant la patience du corps.

Et qu’ils étaient grands et sublimes, ces deux êtres qui, réunis ensemble, auraient fait un Dieu, l’esprit du mal et la fbrce du pouvoir ! Que cette lutte était terrible et puissante, avec ces cris d’enf’er, ces rires furieux, et puis tout l’édifice en mines qui tremblait sous les pas, et dont les pierres remuaient comme dans un rêve ! Enfin, quand Satan eut bien des fois sauté et retombé sur le sol, haletant et fatigué, l’œil terne, la peau humide d’une sueur glaciale, les grilles cassées ; quand Arthur l’eut contemplé longtemps, épuisé de rage et de colère, rampant tristement à ses pieds ; quand il Cut savouré longtemps le râle qui s’échappait de sa poitrine, quand il eut compté Iles soupirs d’agonie qu’il ne pouvait retenir et qui lui brisaient le cœur, enfin quand, revenu de sa cruelle défaite, Satan leva sa tête défaillante vers son vainqueur, il trouva encore ce regard d’automate, froid et impassible, qui semblait rire dans son dédain.

— Et toi aussi, lui dit Arthur, tu t’es laissé vaincre comme un homme... et par l’orgueil encore ! Crois-tu maintenant que j’aie dit vrai ?