Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/220

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et au milieu des arbres verts et des fleurs et du gazon qui tapissaient les murs, elle abandonnait son manteau et son boa aux laquais. Elle entrait, on ouvre les portes à deux battants, on l’annonce, il se fait un grand bruit de chaises et de pieds, on se lève, on fait un salut et puis il s’ensuit ces mille et une causeries, ces petits riens, ces charmantes futilités qui bourdonnent dans les salons et qui voltigent de côté et d’autre comme des brouillards légers dans une serre chaude.

La danse commença à dix heures, et au dedans, on entendait le glissement des souliers sur le parquet, le frôlement des robes, le bruit de la musique, les sons de la danse ; et au dehors, le bruissement des feuilles, les voitures qui roulaient au loin sur la terre mouillée, les cygnes qui battaient de l’aile sur l’étang, les aboiements de quelque chien de village après les sons qui partaient du château, et puis quelques causeries naïves et railleuses des paysans, dont les têtes apparaissaient à travers les vitres du salon.

Dans un coin, était un groupe de jeunes gens, les amis de Paul, ses anciens compagnons de plaisir, en gants jaunes ou azurés, avec des lorgnons, des fracs en queue de morue, des têtes moyen âge et des barbes comme Rembrandt et toute l’école flamande n’en vit et n’en rêva jamais.

— Dis-moi donc, de grâce, disait l’un d’eux, membre du Jockey-Club, quelle est cette mine renfrognée et plissée comme une vieille, celle qui est là, derrière la causeuse où est la femme ?

— Ça ? c’est Djalioh.

— Qu’est-ce, Djalioh ?

— Oh ! ceci, c’est toute une histoire.

— Conte-nous-la, dit un des jeunes gens qui avait des cheveux aplatis sur les deux oreilles et la vue basse, puisque nous n’avons rien pour nous amuser.

— Au moins du punch ? repartit vivement un