Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/259

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nus et blanchis, et puis toute la suite des bancs où s’étalait une population entière, bigarrée de vêtements de couleur ; elle entendit l’orgue qui chantait, et il se fit alors un grand flot dans le peuple et l’on sortit. Plusieurs avaient des bouquets de fausses fleurs et des bas blancs ; elle vit que c’était une noce, on tira des coups de fusil sur la place, et les mariés sortirent.

La bru avait un bonnet blanc et souriait en regardant le bout des pattes de sa ceinture, qui étaient de dentelle brodée ; le marié s’avançait à côté d’elle, il voyait la foule d’un air heureux et donnait des poignées de main à plusieurs. C’était le maire du pays, qui était aubergiste et qui mariait sa fille à son adjoint, le maître d’école. ·

Un groupe d’enfants et de femmes s’arrêta devant Mazza pour regarder la belle calèche et le manteau rouge qui pendait de la portière, tout cela souriait et parlait haut. Quand elle eut relayé, elle rencontra, au bout du pays, le cortège qui entrait à la mairie, et le sourire vint sur sa bouche quand elle vit l’écume de ses chevaux qui tombait sur les mariés et la poussière de leurs pas qui salissait leurs vêtements blancs ; elle avança la tête et leur lança un regard de pitié et d’envie, car de misérable elle était devenue méchante et jalouse. Le peuple alors, en haine des riches, lui répondit par des injures et l’insulta, en lui jetant des pierres sur les armoiries de sa voiture.

Longtemps, dans la route, à moitié endormie par le mouvement des ressorts, le son des grelots et la poussière qui tombait sur ses cheveux noirs, elle pensa à la noce du village, et le bruit du violon qui précédait le cortège, le son de l’or et les voix des enfants qui avaient parlé autour d’elle, tout cela tintait a ses oreilles comme l’abeille qui bourdonne ou le serpent qui siffle.

Elle était fatiguée, la chaleur l’accablait sous les cuirs de sa calèche, le soleil dardait en face, elle baissa