Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/4

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IV

Et planant sur les airs, nous arrivâmes en Europe. Là il me montra des savants, des hommes de lettres, des femmes, des fats, des pédants, des rois et des sages ; ceux-là étaient les plus fous.

V

Et je vis un frère qui tuait son frère, une mère qui trompait sa fille, des écrivains qui par le prestige de leur plume abusaient du peuple, des prêtres qui trahissaient les fidèles, des pédants qui faisaient languir la jeunesse, et la guerre qui moissonne les hommes.

VI

Là, c’était un intrigant qui, rampant dans la boue, arrivait jusqu’aux pieds des grands, leur mordait le talon ; ils tombaient, et alors il tressaillait de la chute qu’avait faite cette tête en tombant dans la boue.

VII

Là un roi savourait, dans sa couche d’infamie où de père en fils ils reçoivent des leçons d’adultère[1], il savourait les grâces de la courtisane favorite qui gouvernait la France, et le peuple, lui, applaudissait ; c’est qu’il avait les yeux bandés.

VIII

Et je vis deux géants : le premier, vieux, courbé, ridé et maigre, s’appuyait sur un long bâton tortueux appelé pédantisme ; l’autre était jeune, fier, vigoureux, avait une taille d’hercule, une tête de poète et des


  1. Cette pensée est de Barthélemy, auteur des Douze Journées de la Révolution.