Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/408

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Sa gloire ? vous voyez, on le traite comme un chien de basse qualité, car tous ces hommes étaient venus là par curiosité — oui, par curiosité — poussés par ce sentiment qui fait rire l’homme à la vue des tortures de l’homme, poussés par ce sentiment qui excite les femmes à montrer leurs belles têtes blondes aux fenêtres, un jour d’exécution. C’est ce même sentiment naturel qui porte l’homme à se passionner pour ce qu’il y a de hideux et d’amèrement grotesque.

Quant à ses vertus ? on ne s’en souvenait plus, car il avait laissé des dettes après sa mort, et ses héritiers avaient été obligés de payer pour lui.

Son nom ? il était éteint, car il n’avait point laissé d’enfants, mais beaucoup de neveux qui soupiraient depuis longtemps après sa mort.

Dire qu’il y a un an, cet homme-là était riche, heureux, puissant, qu’on l’appelait monseigneur, qu’il habitait dans un palais, et que maintenant il n’est rien, qu’on l’appelle un cadavre et qu’il pourrit dans un cercueil ! ah ! l’horrible idée ! Et dire que nous serons comme cela, nous autres qui vivons maintenant, qui respirons la brise du soir, qui sentons le parfum des fleurs ! ah ! c’est à en devenir fou. Dire qu’après ce moment il n’y a rien ! rien ! et toujours le néant ! toujours ! Voilà encore qui passe l’esprit de l’homme. Oh ! vraiment, est-ce qu’après la vie tout est fini et fini pour l’éternité ? dites, est-ce qu’il ne subsiste rien ?

Imbécile regarde une tête de mort !

V

Mais l’âme ?

Ah ! oui, l’âme ! Si tu avais vu l’autre jour le fossoyeur avec un chapeau de cuir ciré sur le coin de l’oreille, avec son brûle-gueule bien culotté ; si tu avais vu comment il a ramassé cette cuisse en pourriture,