Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/71

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Débiles et faibles, leur teint était jaune, et leurs traits indiquaient le malheur et la souffrance. À travers leur chemisette rose et bordée d’argent, à travers le fard qui couvrait leurs joues, à travers leur sourire gracieux qu’ils répétaient alors, vous eussiez vu sans peine des membres amaigris, des joues creusées par la faim et des larmes cachées.

— Dis donc, Auguste, disait le plus grand à un autre qui s’élevait, avec la seule force du poignet, de terre sur la corde, dis donc, répétait-il à voix basse et comme craignant d’être entendu d’un homme à figure sinistre qui se promenait autour d’eux, il me semble qu’il y a bien longtemps que maman est partie.

— Oh ! oui, bien longtemps, répondit-il avec un gros soupir.

— Ne t’avais-je pas défendu, Ernesto, de jamais parler de cette femme-là ? Elle m’ennuyait, elle est partie au diable, tant mieux ! Mais tais-toi, la première fois que tu m’échaufferas les oreilles avec son nom, je te battrai.

Et l’homme sortit dans la rue après cette recommandation.

— Il est toujours comme ça, reprit l’enfant aussitôt que Pedrillo fut sorti, n’ouvrant la bouche que pour nous dire des choses dures et qui vous font mal à l’âme. Oh ! il est bien méchant ! Notre pauvre mère, au moins, elle nous aimait, celle-là !

— Oh ! maman ! n’est-ce pas, dit le plus jeune, il m’en ennuie bien.

Et il se mit à pleurer.

— Comme il la battait, dit Auguste, parce qu’il disait qu’elle était laide ! Pauvre femme !

— Essuie donc tes larmes, voilà le monde qui entre, il faut sourire au contraire.


Chacun prit sa place sur les bancs, et bientôt la tente se trouva pleine. La parade était finie, et Pedrillo