Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/73

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s’emplissaient de grosses larmes qu’il avait peine à dévorer.

Cependant il descendit bientôt, il y avait du sang sur la corde.

L’hercule du Nord, nom théâtral de Pedrillo, avait commencé ses tours de force, lorsqu’on entendit la sentinelle qui veillait à la porte se disputer avec quelqu’un du dehors.

— Non, vous n’entrerez pas, vous dis-je, vous n’entrerez pas !

— Je veux entrer, moi.

— On ne reçoit pas des gens comme vous.

— Je veux parler à Pedrillo, moi, je veux lui parler, entendez-vous ?

— Corbleu ! répétait le bon soldat irrité, corbleu ! vous dis-je, on n’entre pas ici, habillée comme vous êtes, on ne reçoit pas les mendiants.

Cette dispute détourna l’attention des spectateurs.

Pedrillo alla voir qu’est-ce qui le demandait.

— Ah ! ah ! c’est toi, vieille sorcière ? dit-il à une femme en haillons et dont l’aspect était misérable, je ne m’attendais pas à te voir de sitôt. Où étais-tu donc partie ? Mais, tiens, tu me diras tout cela plus tard, entre, Marguerite, nous représentons maintenant, entre, tu vas nous servir, tu vas sauter, entends-tu ? fais de ton mieux.

Il n’y avait pas à répliquer, pourtant elle se hasarda à lui dire :

— Pedrillo, tu vois bien qu’ils vont se moquer de moi, je suis mal habillée.

Elle voulait dire autre chose, mais elle n’osa.

— Entre, entre !

Il le fallut, mais aussitôt que les spectateurs la virent, un murmure s’éleva accompagné d’un rire moqueur, de ce rire féroce que l’on donne à l’homme qui tombe, de ce rire dédaigneux que l’orgueil en habits dorés jette à la prostitution, de ce rire que l’en-