Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/81

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temps en temps dans les dimanches d’hiver, toute une ville qui se promène sur les boulevards ; c’était l’heure des vêpres, beaucoup de monde s’agitait dans les rues et quelques boutiques étaient ouvertes. Marguerite s’arrêta devant celle d’un pâtissier, à l’entour de laquelle quelques gâteaux sortant du four répandaient une vapeur tiède et odoriférante, qui venait chatouiller le nez des passants.

Lorsqu’elle s’arrêta aux vitres, elle vit dans l’intérieur une mère de famille avec deux enfants qui étaient à peu près de l’âge d’Ernesto et de Garofa. Tous les deux étaient de gentils garçons, à la chevelure blonde, au teint frais et rosé ; leurs habits étaient propres et bien faits et leur linge, dépassant à travers leur cravate de satin, était blanc comme le sucre qui couvrait leurs gâteaux.

Cette vue fit mal à Marguerite.

À côté de la dame en chapeau et en manteau vert, avec une ceinture en corde d’or, se tenait une femme de chambre qui portait dans les bras un petit épagneul noir.

Quand les enfants en eurent assez, ils donnèrent leurs restes à l’animal, qu’ils engageaient à prendre, à force de caresses.

Marguerite trépignait de colère, elle qui avait faim, elle à qui ses enfants avaient demandé déjà plus d’une fois, dans la journée, du pain, un seul morceau de pain ! Son front était brûlant, et elle s’appuyait contre le carreau pour le refroidir.

Quand la dame eut payé les friandises, elle sortit avec ses enfants, et sa robe de soie en passant effleura avec bruit les mains de Marguerite.

Par un singulier sentiment, dont elle aurait eu peine à se rendre compte elle-même, elle resta encore longtemps le visage collé contre les vitres ; mais le pâtissier ennuyé la renvoya avec une injure. Qu’avait-elle à dire ?